Les croix et calvaires

Les croix se multiplient à partir de 1095, date à laquelle le Concile de Clermont établit que le droit d'asile est étendu aux croix de chemins qui ont alors un double rôle de guide et de protection.

Elles permettaient en effet de s'oreinter et rassuraient en même temps.

Sur notre commune, une croix située en contrebas du bourg, sur la route de Saint-Bonnet-le-Château et qui se trouve sur un axe reliant Périgneux à la grande ville la plus proche remplissait ces fonctions.

Croix "Saint Pierre"

Au fil du temps, l'usage de la croix de chemin s'adapte à la mentalité et, à partir du 17 ème siècle, la croix porte souvent une inscription invitant le passant à la prière, comme c'est le cas de la croix de Périchon ou de la Sauzée qui portent sur leur socle l'inscription latine "O Crux ave, spes uniqua" - qui signifie "Salut ô croix, unique espérance" et qui est un hymne à la croix attribué à Venance Fortunat, évêque de Poitiers au 6 ème siècle.

Croix de la Sauzée

Les croix de carrefour, comme la croix sur le chemin de Corbine ou celle située sur le carrefour en direction de Fressonnet, permettent également de montrer le chemin et d'orienter les passants.

Elles ont aussi un rôle symbolique : le voyageur doit faire un choix et s'engager sur la voie du bien.

Croix carrefour de Fressonnet

Dans la hiérarchie des lieux de culte, les croix de places occupent un rang plus élevé que les croix de chemin et de carrefour.

En effet, la place publique connait une fréquentation plus importante : elle sert de lieu de passage mais aussi accueillait le marché.

Elle servait donc - en plus de rappeler la présence divine - à inciter chacun à l'honnêteté indispensable aux transactions.

Au bourg, la croix de la place doit son aspect monumental à son piedestal qui fait face à l'église.

Dans les villages, les croix de place, en l'absence d'église ou de chapelle, prennent toute leur importance dans la mesure où elle deviennent l'unique lieu de culte et le véritable centre spirituel du hameau. C'est le cas des croix de place de Couhert, de Fressonnet ou de La Fulie.

Croix de La Fulie

Certains villages ne possèdent pas de croix de place du fait de la disposition des habitations, non pas autour d'une place mais le long d'une route.

On retrouve alors la croix placée au bord du chemin comme c'est le cas à Béalet, à La Mure ou encore à Saléard.

Quelques fois la croix prend des dimensions très modestes et peut être un simple croisillon fixé dans un mur comme à Dicles ou à Nus.

Ces croisillons, généralement en fer forgé, sont souvent des remplois - c'est à dire qu'ils n'ont pas été conçus au départ pour être disposés à l'endroit où il se trouvent maintenant.

Croix de Saléard

Les sommets sont un  site rêvé pour l'implantation des croix.

Les croix de sommets sont le symbole de la protection divine sur tout le territoire environnant.

C'est le cas de la Croix Blanche qui se trouve au point culminant de la commune à 701 mètres d'altitude. Elle embrasse une bonne partie de la commune . Cependant, sa situation isolée, à l'écart des chemins et des habitations rend plus enigmatique la présence de cette croix.

Son emplacement à-t-il été chosi pour sa position dominante ou / et pour une autre raison ?

La croix de Marieux peut également être assimilée à une croix de sommet dans la mesure où son emplacement domine toute la vallée du Bonsonnet.

Croix de La Croix Blanche

Les sources étaient des lieux priviligiés des cultes antiques, que ce soit chez les Gaulois ou les Romains.

De bonne heure, cependant, elles furent christianisées par l'implantation d'un oratoire ou d'une croix à la place de l'édifice païen.

L'habitude de placer une croix au sommet des puits révèle la volonté de placer le précieux liquide sous protection divine.

Les puits de Prest ou de La Gare illustrent bien ce besoin : tous deux sont surmontés d'une croix en fer forgé.


Puits de La Gare

Le rôle de la croix est essentiel à l'égard des morts par son signe d'espérance et de résurrection les Chrétiens. Dans l'histoire du culte des morts, plusieurs catégorie de croix peuvent être définies : croix d'épidémies, croix de commémoration, mais surtout croix de cimetières. Seule cette dernière catégorie, la plus fréquente, apparaît sur le commune de Périgneux. Elle forme d'ailleurs le groupe le plus important des croix monumentales : chaque cimetière en est normalement pourvu.

Jusqu'au 17 ème siècle, elle était en général très soignée et artistiquement décorée.

Dressée sur un socle et placée au centre du cimetière le plus haut, la croix du cimetière de Périgneux domine l'ensemble des sépultures.

Sa facture plutôt récente indique quelle a été construite pour le cimetière actuel et non déplacée avec l'ancien cimetière qui entourait l'église. Nous pouvons également supposer que la croix qui devait se dresser au milieu des tombes de la place de l'église est l'ancêtre de la croix actuelle. En effet, rien ne distingue les croix de place des croix de cimetière.

Croix du cimetière communal

La notion de cadastre remonte aux temps antiques. Les terrains étaient délimités par un droit juridique ou spirituel grâce à l'implantation de pierres levées, d'arbres, de signes gravés...

Au moyen âge, ces signes sont remplacés par des croix. Ainsi, le territoire entourant un monastère nouvellement fondé était délimité par une ceinture de croix à l'intérieur de laquelle le droit d'asile était proclamé. Pour les propriétaires privés qui ne disposaient pas toujours de documents écrits, la croix, utilisée comme borne, permettait en plus de garantir les limites d'une terre, puisqu'il aurait été sacrilège de la déplacer.

A Périgneux, une croix a pû servir de bornage bien que sa vocation de croix de carrefour soit plausible également. Elle se situe au dessous de la Croix Blanche, sur la coursière entre Broc et Pesse. Cette croix dont il ne subsiste qu'un socle gravé d'une croix est située à l'extrimité d'un champ : délimite - t - elle une propriété ou protège - t -elle le carrefour ? Il es difficile de le dire aujourd'hui...

Borne à la Croix Blanche

Les temps modernes ont vu naître une nouvelle catégorie de croix : les croix de mission. Les missions commencent après l'édit de Nantes, en 1598. Elles sont destinées à mettre fin aux guerres de religion et à ramener la ferveur du catholicisme. Elles ont donné lieu à une multiplication des croix aux endroits les plus voyants. Parfois nous pouvons distinguer les croix de mission à la présence d'une date, mais ce critère n'est pas absolu.

C'est le cas, par exemple, de le croix de Rabieux, qui est couramment appelée "croix de mission".

Bien qu'elle ne porte aucune date, la tradition locale permet de connaître la destination de cette croix. Reste à savoir à l'occasion de quelle mission elle a été élevée.

A Fressonnet, la croix porte sur son dé l'inscription "Mission de 1843" . Une lettre de Joseph Couchet, datée du 24 novembre 1843, décrit l'évènement comme une manifestation importante.

Croix de Rabieux

La croix revient habituellement dans le décor des églises et des chapelles. A Périgneux, la chapelle de Miribel présente seulement une croix très discrète, gravée au dessus de l'ouverture principale. Nous pouvons supposer, cependant, que son clocher mur était autrefois surmonté d'une croix comme c'est le cas pour beaucoup de chapelles du même type. L'église Saint-Jean-Baptiste revêt également une croix.

Clocher église St Jean-Baptiste

Il arrive également que des croix surmontent les pignons des maisons, ou qu'elles soient gravées ou sculptées sur les façades. Elles sont alors une marque de protection pour ses habitants.

Ces croix, quelquefois dissimulées dans des endroits inaccessibles de la construction sont difficiles à repérer.

Le hameau de Chenereilles ne possède plus de croix monumentale mais se distingue par le présence d'une croix de maison. Cette dernière, sculptée dans une pierre qui sert de linteau à une petite ouverture, apparaît sur un mur. Le motif est accompagné d'une date - 1753 - gravée de part et d'autre. La croix présente une forme traditionnelle de croix latine érigée sur un socle carré.

Nous pouvons supposer que cette prierre provient d'une autre construction, tant sa présence sur une ouverture aussi modeste paraît étrange.

Croix de mur à Chenereilles

Pour conclure, nous pouvons dire qu'il n'y a pas de règle de distinction absolue entre les divers types de croix énumérés ci-dessus.

La confusion est d'autant plus facile que les attributions de croix ont souvent été modifiées au cours des âges.
Les croix de Périgneux sont encore nombreuses et diversifiées et le passant qui les découvre ou les redécouvre, peut encore s'émerveiller des vestiges de ce petit patrimoine religieux.


Textes et photographies : Sophie Reymondon

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