Nous voici devant ce qui fut jadis une belle porte en ogive. On peut voir, à droite, le départ de l’ arc de cette porte. Cette entrée était très étroite puisque le montant aujourd’hui disparu devait se situer au quart du chemin goudronné actuel.
A notre gauche, on peut voir ce qui reste d’ une tour près de laquelle se trouvait probablement la salle des gardes. On distingue notamment les corbeaux d’ une cheminée. De plus, en examinant de près la muraille, on remarque que quelques pierres portent encore des traces de fumée.
L’ épaisseur du mur.est assez impressionnante.
Nous allons maintenant pénétrer dans l’ enceinte. Malheureusement, l’ état de conservation des vestiges est médiocre. Miribel a été une place-forte dès le début du XII° siècle. Le château, les maisons d’ habitation et la chapelle castrale étaient enveloppés dans une enceinte. Aujourd’hui, il ne reste rien du donjon, sinon la base sur laquelle il s’ élevait. Par contre, le village a conservé 80% de ses remparts, ce qui est peu commun. Quant à la chapelle, elle a été restaurée dans les années 2001 - 2002.
Avant sa récente restauration, la toiture était effondrée, mais la chapelle avait gardé tous ses murs. Il faut dire que l' histoire ne l' a pas épargnée. En effet, elle fut pillée et ruinée à la Révolution, et désaffectée à partir de cette époque. Par la suite une maison prit appui sur sa paroi sud et sur une partie de sa façade. La commune de Périgneux devait par la suite acheter et abattre ces constructions pour dégager la chapelle.
Aujourd'hui, nous sommes donc en présence d' une chapelle castrale restaurée. Elle présente les caractères architecturaux du milieu du XII ème en Forez. Il existe un certain nombre de bâtiments de ce type dans la région (chapelles castrale ou petites églises paroissiales.) Ils sont probablement d' influence auvergnate. On les reconnaît à leur façade ornée d' un clocher-mur à base géminée dont les arcatures retombent sur un pilier central. On a, ici, affaire à un clocher-mur en "  bâtière" , c' est-à-dire de forme triangulaire.

L' édifice est bâti entièrement à partir des pierres du pays (granit rose de Miribel et granit gris de Périgneux.) Il s' agit de moellons de granit disposés en assises régulières. Les chaînages d' angles et l' encadrement des ouvertures sont appareillés avec des pierres de taille. Le travail des tailleurs de pierre est d' une grande qualité : par exemple, ils ont réussi à réaliser un clavage sur les baies géminées du clocher-mur malgré les difficultés techniques présentées par la petite taille des ouvertures et par la dureté ' un matériau tel que le granit. De même, du côté qui domine la vallée on remarque un très bel appareillage. En passant par le chemin qui descend à la rivière on peut remarquer que la chapelle fait saillie par rapport au rempart. On suppose en effet que le rempart a été dérasé pour faire place à la chapelle édifiée sur celui-ci. Le dallage de la chapelle, que l' on ne peut malheureusement plus observer, viendrait conforter cette hypothèse : il est en effet de deux factures différentes. Le revêtement de la partie sud-ouest a un aspect rustique tandis que les dalles qui joignent les murs longitudinaux nord et sud sont d' une manière plus travaillée. Ce deuxième type de dallage se présentait dans l' alignement du rempart, on peut se demander si la coupure ne correspond pas au mur du rempart dérasé. Si c' était le cas, les remparts seraient antérieurs à la chapelle, soit du X ème ou XI ème siècle.

Notre chapelle, comme la plupart des édifices de ce type, est d' une grande sobriété. Son seul décor réside dans la corniche chanfreinée dont on distingue les reste sur l' arase des murs nord et sud et dans les petites bosses tout autour de l' ouverture principale. Son plan est très simple : il s' agit d' une chapelle rectangulaire, à chevet plat, sans différenciation entre le choeur et la nef. Ses dimensions sont très modestes : 8,60 par 5,10 m.
Toutes les baies sont du plus pur style roman. L' entrée principale présente une ouverture en plein cintre côté extérieur et à cintre surbaissé à l' intérieur. Les deux ouvertures du clocher-mur sont aussi en plein cintre. Il existe trois autres ouvertures dans le bâtiment : au fond, à gauche, une première fenêtre,
sur le mur du fond, une baie largement ébrasée vers l' intérieur donne sur la vallée,
enfin à gauche, on aperçoit une porte, peut-être celle par laquelle entraient les châtelains lorsqu' ils arrivaient du donjon vers lequel nous nous dirigeons maintenant.

Les découvertes faites au cours des recherches laissent croire que, si la fin de l' occupation du donjon se situe vers le XVI ème
siècle, la chapelle a pu rester en service jusqu' à la Révolution.
Cet édifice religieux est déjà cité en 1365 comme étant sous le vocable de Sainte Catherine. La visite pastorale en 1614 signale
aussi son existence. A cette date une prébende y fut attachée.
Le service était, en 1662, d' une messe chaque vendredi.
Sans conteste, Miribel possédait une chapelle romane d' une rare beauté.
De cet endroit, on comprend mieux comment le château de Miribel pouvait être le siège d’ une place-forte. En effet, lorsqu’ on arrive de Périgneux par la route, on a l’ impression que Miribel se situe dans un trou alors qu’ au contraire, le village domine une vallée encaissée. Du point où nous sommes, on dispose ainsi d’ une vue très étendue sur la plaine et l’ on peut s’ expliquer plus aisément l’ origine du nom « Miribel » .
Nous nous trouvons ici sur la motte du donjon. Il n’ y a pas très longtemps, on pouvait encore voir un pan du donjon et reconnaître sa forme pentagonale. Les vestiges ont été abattus dans les années 1970 pour des raisons de sécurité.
Le donjon, de forme à peu près rectangulaire, mesurait 22,55 mètres sur 15,40 m.. On pense en outre qu’ il s’ élevait à plus de 20 mètres au-dessus de cette plate-forme ! Comment expliquer la présence d’ un édifice d’ une telle importance dans une  petite seigneurie comme celle-ci ? En réalité, il reste beaucoup de mystères à élucider en ce qui concerne l’ histoire de Miribel. Comme il est dit plus haut, de nombreuses familles se sont succédées à la tête de la seigneurie de Miribel. On rappellera ici simplement les Saint Pol de Vassalieu (pendant quelques années au cours du XVI°) dont on peut distinguer le blason gravé dans la pierre de cette croix : il est orné d’ une croix pattée à gauche et d’ une triple rangée de rayures verticales.
D’ après les recherches qui ont été faites, le donjon était divisé en deux parties dans le sens de la longueur. La partie nord semble correspondre à l’ habitation, la partie sud à une cour intérieure.
Miribel, longtemps appelé Méribel (Meyribel en 1711) se situe à quelques minutes de Périgneux et tire son nom de: MIRER et BEL qui en ancien français désignent une hauteur d' où l' on jouit d' un beau point de vue.
En effet, lorsqu' on se place près de la croix qui marque l' emplacement de l' ancien donjon, on peut du regard embrasser la plaine du Forez.
Le château et l' agglomération de Miribel sont assis sur un promontoire élevé qui domine le cours de la rivière l' Ecolèze et qu' un isthme rattache seul à la montagne voisine. Au centre de l' éminence et sur un rocher aplani, escarpé et régularisé de main d' homme s' élevait le château proprement dit. Il devait être renommé alentour, car, dans un ouvrage paru en 1878, l' auteur, le docteur Rimaud, écrit: « vous allez à Périgneux, m' avait dit un ami notaire à Saint-Etienne.
N' oubliez pas qu' il y a dans les environs un vieux chastel... ».
De nos jours, quelques ruines témoignent encore de sa grandeur passée. Une modeste croix de pierre a été érigée au sommet du monticule et porte, sculpté sur sa base, un écusson palé au franc quartier, chargé d' une croix pattée qui est de Saint Pol, seigneur de Miribel.
Autour du château, se pressent les maisons du hameau, séparées par d' étroites ruelles et qu' enveloppe une enceinte fortifiée assez vaste. Beaucoup de ces maisons sont très anciennes et remontent au XVI ème siècle. En outre, une chapelle tournée au levant et dont le chevet rectangulaire fait partie du mur d' enceinte, semble accuser par son style le XI ème ou XII ème siècle. C' est là un curieux spécimen de l' aspect que présentait l' intérieur d' une citadelle féodale, avec de nombreuses habitations particulières où venaient s' entasser en temps de guerre les vassaux du seigneur, et dont chaque étage donnait asile à une famille entière.
De ce passé prestigieux, ne subsistent aujourd'hui que des vestiges. Il est arrivé souvent que les maisons ont disparu et que les débris de 1' habitation seigneuriale et de l' enceinte extérieure sont seuls restés debout. L' inverse s' est produit à Miribel. Toutefois les remparts sont conservés à quatre-vingt pour cent, ce qui est peu commun.
On peut encore aujourd'hui admirer ces murailles de granit rose sous la caresse des rayons ambrés du soleil levant.
Le château de Miribel doit être du beau temps de la féodalité. Certains voient à son origine la famille Pagan (Pagani) ou Payen (Payan) dès le X ème siècle mais aucune preuve écrite ne vient étayer cette hypothèse. Le titre le plus ancien que nous ayons découvert date de 1070 : Hugues de Payen, fils de Willelme de Payen, seigneur de Miribel, de Meys et Cuzieu en Forez, naquit au château de Mahun en Ardéche proche de la Louvesc ; plus tard il aurait été promu par sa valeur à la dignité de Grand Maître des Templiers.
Nous lisons dans  L ' Histoire des croisades de Louis de Mainbourg :  que, vers cette époque, neuf gentilshommes foréziens, dont les principaux étaient: Hugues de Payen et Geoffroy de Saint-Omer, s' allèrent présenter à Garimond, patriarche de Jérusalem entre les mains duquel ils firent voeu de chasteté et d' employer leurs vies pour tenir les chemins et passages libres aux pèlerins de la Terre Sainte. Le roi Beaudoin leur donna un logement dans son palais près du Temple, d' où ils furent appelés chevaliers du Temple ou Templiers�.
Si c' était le cas, Miribel pourrait se glorifier d' avoir dans son histoire un chevalier aussi illustre, ayant côtoyé Saint Bernard...
La première trace tangible de la seigneurie de Miribel, nous la retrouvons dans la famille de Saint-Bonnet. En 1239,:Jordane,veuve de Robert seigneur de Saint-Bonnet, notifie à Louis IX, roi de France, qu’ elle a rendu hommage lige à  Guigue, comte du Forez, pour le château de Miribel que son mari lui a laissé; celui-ci avait, dix ans plus tôt, inféodé cette terre au comté du Forez. Mais,  Robert de Saint-Bonnet meurt sans héritier direct, alors le vaste patrimoine échoit à sa nièce Dauphine à qui il’ a légué.

Dauphine fut mariée quatre fois et eut descendance de ses trois premiers mariages. En 1275, elle dota sa fille Sibille de Bagé (Baugé) de la seigneurie de Miribel pour aider à son riche mariage avec Amédée ou Amé de Savoie. Le mariage fut célébré en grande pompe, en Vaudois, dans le célèbre château de Chillon, que baigne le lac Léman. La cérémonie eut lieu le mardi après l' octave de la Saint-Jean-Baptiste en 1272, en présence de l' évêque de Genève, des plus grands seigneurs et d' un immense concours de peuple, en raison de la popularité du jeune comte.
La constance que Sibille mit à conserver, durant toute sa vie, le petit fief de Miribel prouve qu' elle resta toujours attachée à son pays natal, notre Forez.
Vingt-deux ans après cette fastueuse cérémonie, Sibille devait décéder à 45 ans, pleurée par ses sept enfants; depuis lors et pour toujours elle repose en l' abbaye de Hautecombe. Avons-nous conscience en visitant ces lieux de fouler aux pieds le tombeau d' une de nos plus illustres compatriotes ? Ce n' st pas l' inscription qui figure sur ce tombeau du bas-côté gauche: « Sibille de Baugé, épouse d' Amédée V. !294 » qui saurait donner l' éveil au touriste peu averti. Le gisant du cénotaphe représente Sibille, étendue, comme endormie dans une attitude pleine de grâce juvénile. Parée de ses plus beaux bijoux, le front ceint d' une couronne, elle semble reposer sous la garde de son chien favori couché près d' elle.

Notons au passage que, grâce à elle, un peu de sang forézien coulera plus tard dans les veines des rois d' Italie engendrés par ses descendants.
A la mort de Sibille, Miribel allait changer de mains. En effet, Amédée de Savoie, pour payer ses dettes et .les legs de son épouse, préféra se séparer de la seigneurie de Miribel, très excentrée par rapport à son comté. Mise en vente, la propriété trouva acquéreur en la personne d' Arthaud V de Roussillon qui pour la somme de 4000 livres en devint le nouveau propriétaire. Son fils, Aymar, épousa en 1318, Jeanne du Forez. Les époux passèrent une partie des premiers temps de leur mariage au château de Miribel ; ce beau séjour pittoresque et solitaire méritait d' être choisi pour y passer une lune de miel...
Aymar de Roussillon épousa en secondes noces Béatrix de Roussillon, puis Etiennette des Beaux. De ces trois mariages, il n' eut qu' une fille légitime, Alix de Roussillon, qui hérita de ses biens. Jusqu'au XV ème siècle, la seigneurie de Miribel resta aux mains des Roussillon. La descendance masculine des seigneurs de Roussillon et d' Annonay prit fin avec Aymar mort en 1365.

Unique héritière, Alix épousa Humbert de Thoire Villard et apporta Miribel en dot. En 1380, Humbert échangea Miribel avec sa soeur Eléonore de Thoire Villard, épouse de Philippe III de Lévis, contre la seigneurie de Buis-en-Beaujolais. Une fois de plus, le château de Miribel changeait de propriétaire et devenait la possession de la puissante famille des Lévis de Roche en Régnier.
Eléonore, le 4 août 1385, fit héritier de tous ses biens son second fils Philippe IV de Lévis et lui légua « par exprès » la terre de Miribel. On voit que cette dame avait une préférence pour ce château, peut-être y avait-elle passé sa lune de miel comme Jeanne du Forez ?
Au cours de l' histoire, il est souvent fait mention de Philippe IV de Lévis qui accompagna Charles VII dans son voyage en Dauphiné auprès de la reine de Sicile. Il participa au côté du dauphin aux guerres du Languedoc. Gravement endetté et malgré les largesses de celui-ci, il fut contraint, en 1428, de vendre au duc de Bourbon, comte de Forez, par l' intermédiaire d' Aimé Verd, seigneur de Chenereilles et bailli de Forez et Veauche, son château de Miribel et ses dépendances pour le prix de 3000 moutons d' or * .

Pour une raison inconnue, la vente fut cassée quelques temps plus tard et Bermont de Lévis, fils de Philippe IV, en prit possession. En 1506, son fils, chevalier, Louis de Lévis avoue Miribel « mouvant de Forez ». Ce même Louis de Lévis vendit en 1536 cette terre à Claude d' Urfé qui en fut expulsé par le seigneur de Chalmazel. Puis Miribel appartint quelques temps aux Saint Pol de Vassalieu. Il advint ensuite à Guillaume de Gadagne, seigneur-de Bouthéon, par un échange passé avec Anne d' Urfé, qui n' était autre que le frère d' Honoré d' Urfé, auteur de plâtrée, à la date du 18 juin 1581.
Les sires de Bouthéon gardèrent la seigneurie de Miribel jusqu' à la révolution, époque où elle fut démantelée, puis ruinée. Elle fut, tour à tour, la propriété de Balthazar de Gadagne d' Hostun, petit-fils de Guillaume qui par son testament de 1640 dispensa ses sujets d' une année de redevances: « je donne à mes sujets de Pérignieu et Miribel les cens et servis qu' ils me doivent d' une année », puis de son fils Louis. Elle revint ensuite au comte de Verdun, héritier par alliance de la maison des Gadagne qui la légua à sa fille Louise Charlotte. Devenue veuve, celle-ci épousa en secondes noces le comte de Pons d' Hostun qui se ruina complètement. De cette union naquit un fils, Henri de Pons d' Hostun, marquis de Pons. Il fut le dernier seigneur de Miribel en 1789.

* Un mouton d’ or valant une livre tournois.

Posons à présent nos pas dans ceux de ces illustres personnages et entrons dans le site.

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Sous nos pieds, mais recouverte pour des raisons de sécurité, se trouve une citerne. Il s’ agit d’ une réserve d’ eau d’ une capacité de 18500 litres, pour une profondeur de près de 4 mètres. Elle est de forme ovoïde. Dans la partie haute existe un trou par lequel arrivait l’ eau pluviale de récupération. Cette citerne a été construite en moellons de granit parfaitement appareillés. Ils ont été parementés suivant les besoins des courbes tant horizontales que verticales. Le parement a été  de plus revêtu d’ un enduit à base d’ argile et de briques pilées. Le radier, incurvé, semble être constitué d’ une sorte de béton. C’ est un ouvrage admirable par la qualité de sa construction.
Le patrimoine de Périgneux